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7500 euros

Roland Topor

Journal in Time





Journal moqueur ou autobiographie éclatée ?


Topor se fait son cinéma et se met en scène, avec en guest-stars : Marilyn Monroe, Marguerite Duras, Jean-Luc Godard, Philippe Sollers, Arnold Schwarzenegger, Salman Rushdie, une voisine qui aboie et un tigre dans un salon…


« Pour injecter un supplément d’âme à ma littérature, j’ai décidé d’aller écrire chez les autres… J’en ai par-dessus la tête de mes problèmes intimes. Il faut que je sorte de ma tour d’ivoire, si confortable soit-elle, pour me plonger dans l’existence de mes contemporains. »


Mais comme Topor n’est ni un globe-trotter ni un casse-cou, il préfère rester à Paris et s’inviter dans le lit de son vieux pote Albert, chez ses amis les Tron (qui ont un tigre dans leur salon) ou chez sa jolie voisine qui ne s’exprime que par aboiements, avant de toucher la prime pour l’assassinat de Salman Rushdie, de convier Marilyn Monroe dans ses rêves en Technicolor, ou d’imaginer Marguerite Duras et Jean-Luc Godard en naufragés dissertant au beau milieu de l’océan.

Sans oublier de nous parler du Salon de la lettre anonyme, de la Société protectrice des ivrognes, de l’extinction des crétins et de la prolifération des cons, de l’humour anglais et de l’accent belge, du spleen et de la pluie, et au fond toujours de lui-même.

« À force d’entendre parler de moi, je meurs d’envie de me connaître », avoue modestement l’auteur qui se rencontre enfin, dans un grand éclat de rire, sous la forme de l’Homme Élégant : « L’Homme Élégant s’efforce de casser les couilles du temps. »


« Les Insensés » n° 50

Format 125 x 187 avec rabats

224 pages – 20 euros

ISBN : 978-2-37498-238-0

Parution : 21 mars 2025


Ce livre est également disponible en e-book (formats ePub et PDFweb)

Roland Topor


Roland Topor (1938-1997) : peintre, dessinateur, écrivain, dramaturge, poète, chansonnier, cinéaste, acteur, photographe, etc. Remarqué très tôt pour ses étranges dessins au graphisme original (dans Arts, Bizarre et Hara-Kiri), il reçoit le prix de l’Humour noir dès 1961 et crée le mouvement d’avant-garde Panique avec Arrabal, Jodorowsky et Olivier O. Olivier.

Son premier roman, Le Locataire chimérique, sera adapté au cinéma par Roman Polanski ; son deuxième, Joko fête son anniversaire, recevra le prix des Deux-Magots en 1970 ; il écrira aussi des recueils de nouvelles, des pièces de théâtre et des livres concepts.

Du long-métrage d’animation La Planète sauvage (avec René Laloux, prix spécial du Jury à Cannes en 1973) au meilleur film sur Sade, l’étonnant Marquis (avec Henri Xhonneux), en passant par les émissions télévisées Merci Bernard, Palace et Téléchat, Topor marquera également de son empreinte le cinéma et l’audiovisuel.

Certaines de ses images (affiches pour Amnesty International ou les films L’Empire des sens et Le Tambour) ont fait le tour du monde, toujours relevées d’un humour noir féroce.

« De son vivant, Topor vendait peu de tableaux, en donnait beaucoup, ses livres faisaient des bides, ses pièces des scandales, ses films faisaient hurler les critiques, et tout cela le rendait hilare : qu’est-ce que vos parents ont été cons ! Dépêchez-vous de (re)découvrir ou même relire tout simplement ces petits bijoux d’un des génies du XXe siècle. Avant que trente crétins, par leur silence, ne nous l’enterrent pour de bon. » (Yves Frémion, Fluide glacial)


Les livres de Roland Topor aux Nouvelles Éditions Wombat

Mémoires d’un vieux con (plus d’infos)

Mémoires d’un vieux con suivi de Topor à la bombe (tirage de queue, édition limitée et numérotée) (plus d’infos)

Vaches noires (plus d’infos)

Café Panique suivi de Taxi Stories (plus d’infos)

La Plus Belle Paire de seins du monde (plus d’infos)

Strips Panique (plus d’infos)

Joko fête son anniversaire (plus d’infos)

Théâtre Panique, t. 1 (plus d’infos)

Théâtre Panique, t. 2 (plus d’infos)

La Cuisine cannibale (plus d’infos)

Les Photographies conceptuelles d’Erwahn Ehrlich (plus d’infos)

Vaches noires en poche (plus d’infos)

Cent bonnes raisons pour me suicider tout de suite (plus d’infos)

Portrait en pied de Suzanne (plus d’infos)

La Vérité sur Max Lampin (plus d’infos)

Le Sacré Livre de Proutto (plus d’infos)

Journal in Time


Topor : “Un grand coup de poing dans la gueule”

Extrait de Charlie-Hebdo nº1002 (septembre 2011) (télécharger le pdf)

Extrait 1 : Duras/Godard

En revenant de La Réunion, où ils ont participé au colloque « Littérature et/ou cinéma », l’avion qui les transportait ayant perdu de l’altitude, Duras et Godard tombent à l’eau.

Bien entendu, c’est faux.

Duras et Godard sont au sec. Mais je me plais à imaginer leur dialogue.


DURAS : Vous savez ?

GODARD : Non, je n’ai jamais su.

DURAS : Nager, je veux dire.

L’océan bouge. Les lames font des creux de cinq mètres. Mettons quinze. Quand Duras est en haut, Godard est en bas, et réciproquement. Ils boivent la tasse plutôt dix fois qu’une. Et pourtant – est-ce merveilleux ou effrayant ? – cela ne les empêche pas de parler, d’échanger des idées.

GODARD : Nager ? C’est quoi, nager ? Se maintenir en surface ? Mais prenez le Rainbow Warrior, la DGSE, Hernu, ça peut vous couler d’apparaître en surface.

DURAS : Absolument. Nager, c’est…

GODARD : Je n’ai jamais su nager.

DURAS : Il y a un côté saumon en vous, mais saumon qui refuserait de remonter le courant pour aller frayer. Vous ne voulez pas frayer. Faire l’amour avec l’eau, la creuser des reins. Inventer, réinventer la Vologne.

GODARD : Le côté Vlaminck de la Vologne me fait un peu penser à Ramuz. Enfin, je veux dire qu’un fleuve commence toujours par un filet d’eau sur une montagne. Comme au cinéma la pellicule, ou la bande magnétique en vidéo, au départ, c’est une idée…

DURAS : Des signes… Oui… comme quand j’écris, ça vient du ventre. Avant, je buvais pour trouver l’énergie de faire la planche sur mon bloc-notes. Mais les signes montent à la surface. Il faudrait les lester pour qu’ils ne filent pas comme des pets sur une toile cirée. Il faudrait amarrer les signes. Vous amarrez les signes, vous, je vous envie, vous avez les images.

GODARD : Je ne sais pas…

DURAS : La technique me fait peur. Vous êtes effrayant. Vous possédez un pouvoir voluptueux.

GODARD : Je ne suis qu’un artisan, un potier qui a mal tourné.

DURAS : Vous avez de très belles mains, comme les pieds de Platini. Il me disait sa terreur, lorsque le ballon file à gauche ou à droite au lieu d’aller tout droit… Il avait les larmes aux yeux. Je lui ai dit : « Vos larmes sont chaudes parce qu’elles viennent du ventre. » Il a compris.

GODARD : La technique permet l’incident. Mais c’est quoi, la technique ? Comment dire…

DURAS : Et si c’était vouloir l’important ? Pas dire. Dire le vouloir, c’est plus vouloir que dire.

GODARD : Dans Pierrot le fou, quand j’ai demandé à Belmondo de se barbouiller le visage de peinture, il m’a demandé : « Quelle couleur ? » J’ai répondu : « On verra bien ! » et on a essayé avec du vert, du jaune, du rouge. Ça n’allait pas, j’étais découragé. Et puis j’ai entendu Coltrane, et j’ai dit : « Si on essayait le bleu ? »

DURAS : C’est merveilleux, le bleu. C’est orange.

GODARD : Jean-Paul a accepté parce que c’est un grand professionnel, mais sans y croire. Après les rushes, il m’a embrassé.

DURAS : Une image coup de poing, avec la sueur et tout ça. On devrait réfléchir, se mettre à plusieurs pour réfléchir, je veux dire, sur l’impact de la violence. Accoucher, aussi, c’est violent… C’est drôle, vous avez parlé de Belmondo, mais j’ai pensé à Delon.

GODARD : Oui, quand on dit l’un, on pense automatiquement à l’autre. Comme Tristan et Tzara.

DURAS : Il y a tant de lumière dans leur nom.

GODARD : Non, de l’ombre. Les gens se trompent toujours. Ils s’imaginent que c’est la lumière qui les attire sur l’écran. En réalité, la lumière est derrière eux. Mais ils ne se retournent pas.

DURAS : Ils ont peur de contempler la lumière en face. Pour ne pas être transformés en statue de sel.

GODARD : Au cinéma, c’est plutôt de la confiserie.

DURAS : Le sucre aussi, c’est dur. On en met un morceau dans le thé, crac, c’est mou. Et le thé devient sucre.

GODARD : En Suisse, il y a trois semaines, j’ai trouvé une plume perdue par une poule. Je l’ai ramassée. Eh bien, c’est fou la douceur d’une plume. À un bout, je veux dire. Tandis qu’à l’autre…

DURAS : Oui… Elle est dure, forcément.

GODARD : Pourquoi vous vous servez du bout dur pour écrire ?

DURAS : Le président m’a posé la même question.

GODARD : J’aimerais bien lire un livre écrit par le bout mou.

DURAS : Il y a aussi le bout du milieu. Le bout tendre est la nuit.

GODARD : Vous dites « le bout tendre » parce que vous êtes une femme.

DURAS : Dans le Voyage, Bardamu dit quelque chose comme « Ils ne m’auront pas… » Je me suis toujours demandé si Céline faisait allusion aux femmes.

GODARD : Les mots, ça paraît simple, mais les images…

DURAS : Une des choses que l’histoire retiendra peut-être de nous, c’est qu’on a osé être intelligents…


J’ai bien envie de continuer comme ça sur deux cents pages. L’essai s’intitulera « Littérature et/ou cinéma ». La réponse tombera sous le sens.

Extrait 2 : Les mots du début

Je n’ai rien contre les mots de la fin. Comme tout le monde, j’aimerais assez faire une belle sortie, pleine de panache, d’humour, de bravoure.

J’admire autant le « Bonsoir mesdemoiselles ! » d’Offenbach que le « Je m’en vais ou je m’en va, l’un et l’autre se dit ou se disent… » de Vaugelas. « Quelle interminable formalité ! » de Malraux me paraît sa meilleure œuvre.

Dès que j’ai une minute libre, je pense à ma dernière réplique. Je la peaufine, je cherche dans le dictionnaire des difficultés de la langue française si je ne commets pas une bourde impardonnable, dont pourrait souffrir ma réputation posthume. Je dois reconnaître que la préméditation de l’ultime mot d’esprit ne plaide pas en sa faveur.

Laborieuse, la sortie !

Finalement, je préfère miser sur une trouvaille de dernière minute. C’est plus chic.

En revanche, j’ai découvert un nouveau genre où l’esprit de l’escalier me semble parfaitement légitime : les mots du début.

Qu’aurais-je déclaré si j’avais pu parler en découvrant le monde ? Qu’auraient-ils dit, les fameux, les génies, les phares, à l’instant de quitter leur mère pour le nouveau monde ?

Voilà une matière à réflexion qui me convient et dont, je suis sûr, chacun saura tirer profit.

Représentez-vous la scène : votre mère, jambes écartées, est en train de suer sang et eau pour vous mettre au monde. Un médecin accoucheur, une sage-femme, divers fantassins de l’obstétrique vous attendent avec impatience.

Quels sont vos premiers mots ?

– Naturellement, il n’y a pas de taxi !

– Je commence à voir le bout du tunnel.

– Bonjour, messieurs les huissiers !

– Tudieu, les belles cuisses !

– Je reviendrai.

No future.

– Quand on quitte cette femme, on a l’impression de découvrir la vie.

– Enfant martyr, c’est bien payé ?

– Je m’en souviendrai de ce trou infect !

– Rouge, impair et manque.

– Pincez-moi, je rêve.

– Je crains d’avoir franchi les bornes.

– L’ai-je aussi bien descendue que papa l’a montée ?

– La femme est le passé de l’homme.

– La sage-femme me donne les boules.

Ces quelques exemples ne sont évidemment pas exhaustifs. Des promoteurs crieront « Pas de quartiers ! ». Un scientifique bredouillera « Euh… égale mc2 », un sportif râlera parce qu’il aurait mieux aimé être à la corde, un mystique rendra grâce au ciel d’avoir échappé à la mer Rouge, un explorateur murmurera, impassible, au médecin accoucheur : « Docteur Livingstone, je présume ? »

Les mots du début sont inépuisables, il reste tout à inventer. En fait, les bébés sont d’une affligeante banalité. Ils ne font aucune déclaration en franchissant la frontière de l’existence. Ils se bornent à pousser des cris incompréhensibles comme s’ils allaient à l’abattoir.


© Nouvelles Éditions Wombat 2025.