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couverture Les Yeux de la momie

JEAN-PATRICK MANCHETTE


Les Yeux de la momie

L’intégrale des chroniques de cinéma

parues dans Charlie hebdo (1979-1982)


« Tous les journalistes sont des menteurs et des putes », rappelle Manchette en conclusion des chroniques de cinéma hebdomadaires qu’il publia dans Charlie hebdo de 1979 à 1982. Rien d’étonnant donc à ce que ses textes – virulents, érudits, ludiques et caustiques – ne ressemblent en rien à des critiques culturelles à visée promotionnelle.

Partant de la devise situationniste que « l’Art est mort » et que le chant du cygne du cinéma fut déjà atteint avec Citizen Kane, Manchette ne dénigre pas pour autant de nouveaux réalisateurs prometteurs (Spielberg, Fassbinder, Carpenter…), voire de gouleyantes séries B. C’est néanmoins à travers ses analyses passionnées de classiques (Lang, Hitchcock, Cassavetes…) qu’il délivre toute la lucidité érudite de son regard sur l’objet cinématographique, vu comme « reflet de notre temps ». Quant à ses détestations, elles donnent lieu à de jubilatoires massacres en règle où l’humour féroce de l’auteur se laisse libre cours (au point de réintituler un temps sa chronique « L’aveugle au pistolet »).

On n’avait jamais lu de telles chroniques littéraires et « vagabondes » de cinéma (on y parle en effet aussi de livres ou de critique sociale), drôles et profondes, où le plaisir d’écriture d’un grand styliste se mêle à l’amour intime de son sujet, pour le plus grand bonheur du lecteur.


NB : À l’occasion des 25 ans de la disparition de Jean-Patrick Manchette, les éditions La Table ronde publient simultanément deux recueils inédits (donc indispensables) de l’auteur : Play It Again, Dupont (Chroniques ludiques, 1978 > 1980) et Lettres du mauvais temps (Correspondance 1977-1995)


Préface de Gébé

Couverture de Kiki Picasso


Parution : 7 mai (sous réserve)

Coll. « « Les Intempestifs » n° 4

Format 134 x 207 avec rabats

496 pages –25 euros

ISBN : 978-2-37498-175-8


Jean-Patrick Manchette


© Tristan Manchette

Écrivain, scénariste et traducteur, Jean-Patrick-Manchette (1942-1995) fut la figure de proue du « néo-polar » qui révolutionna le genre en France dans les années 1970. Il laisse une œuvre toujours séminale et influente, de Nada à La Position du tireur couché, en passant par Fatale, popularisée par de multiples adaptations au cinéma (par Claude Chabrol et Alain Delon, entre autres) et en bande dessinée (par Jacques Tardi et Max Cabanes).

Intellectuel empreint de marxisme et de situationnisme (voir son Journal et ses Lettres du mauvais temps), mais également passionné de culture « populaire », il fut aussi, au sein des revues Charlie mensuel, Métal hurlant et Charlie hebdo de l’époque, capharnaüm libertaire où savaient rire les libres penseurs, un exceptionnel et redoutable chroniqueur de polar (Chroniques), de jeux (Play It Again, Dupont) et de cinéma (Les Yeux de la momie).


Les livres de Jean-Patrick Manchette aux Nouvelles Éditions Wombat

Les Yeux de la momie


Extrait

Je tiendrai ici, jusqu’à nouvel ordre, une chronique consacrée principalement au cinéma. Ça tombe assez mal parce que j’ai de l’aversion pour ce que le cinéma est devenu. Naguère, le cinéma était fait par les riches, pour les pauvres. À présent il est toujours fait par les riches, mais comme les pauvres restent devant leur télé, le cinéma est fait pour les cadres. De plus, les riches ont perdu de leur belle assurance. Hollywood, c’était le cinéma du capitalisme triomphant (Dovjenko aussi, d’ailleurs). Les riches étaient contents d’eux-mêmes et leur cinéma était brillant. À présent ils sont mécontents d’eux-mêmes et ils ont peur… Comme grondait Jouvet dans La Charrette fantôme : « Quelle pitié ! quelle pitié ! » Mais nous n’en aurons pas.

Extrait de la préface de Gébé

Manchette nous laisse une masse de critiques où le nom des films importe peu. On peut remplacer les titres. Restent son jugement, son discernement, sa lucidité, sa pénétration, sa morale qui s’appliquent à tout. Une philosophie.